Réunie depuis octobre 2019, la Convention citoyenne pour le climat composée de 150 citoyens tirés au sort a adopté 146 propositions dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Parmi ces propositions, 4 concernent directement la réduction des suremballages.

Annoncée à l’issue du Grand débat national, la Convention citoyenne pour le climat a rassemblé un échantillon de 160 citoyens représentatif de la population française. Les citoyens ont été conseillés par de nombreux experts, qui leur ont aussi apporté un appui pour la transcription réglementaire de leurs propositions.

Cette Convention avait pour objectif de permettre l’émergence de propositions concrètes en faveur de l’environnement et de la transition écologique. Les 146 propositions approuvées le 29 juin 2020 se traduiront sous forme de dispositions pouvant donner lieu soit à des mesures réglementaires, soit à un vote au Parlement voire à un référendum.

Source : conventioncitoyennepourleclimat.fr

Elles ont été transmises à la ministre de la transition écologique et solidaire. L’exercice démocratique inédit de cette Convention a également convaincu le Président qui annonce qu’il y aura d’autres conventions citoyennes de ce type.

Objectif consommer mieux :
Limiter le suremballage et l’utilisation du plastique à usage unique en développant le vrac et les consignes dans les lieux de distribution

« Nos habitudes de consommation quotidiennes sont fortement génératrices de déchets liés en partie aux emballages. En effet, l’utilisation des emballages à usage unique dans les produits de consommation courante représente une partie non négligeable des émissions de gaz à effet de serre. Si le recyclage est une solution qui ne doit pas être écartée notamment via les mécanismes mis en place dans la loi pour l’économie circulaire, nous considérons que cela doit être évité autant que possible : le meilleur emballage est celui qui ne se jette pas ou qui n’existe pas.

Ainsi, nous voulons qu’à partir de 2022 les déchets d’emballage soient massivement évités à la source grâce au développement du vrac et de la consigne. Finalement, nous voulons modifier les usages et pratiques de consommation pour réduire l’utilisation du plastique à usage unique jusqu’à la fin de sa mise sur le marché en 2030. »

Proposition sur le vrac :
Mettre en place progressivement une obligation de l’implantation du vrac dans tous les magasins et l’imposition d’un pourcentage aux centrales d’achat

« Si le vrac tend à se développer fortement en France, cela reste une modalité de consommation ultra-minoritaire, du fait du manque d’offre ainsi que des prix proposés, régulièrement plus chers que les produits emballés.

Considérant qu’il s’agit d’une solution essentielle pour changer les habitudes de consommation vers plus d’éco-responsabilité et pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées aux emballages, nous proposons de mettre en place de manière progressive des obligations pour les producteurs et les distributeurs, afin qu’ils proposent au consommateur une quantité minimum de produits alimentaires et non-alimentaires en vrac. »

Les objectifs :

  • Faciliter l’accès à tous en élargissant l’offre de vrac proposée aux consommateurs
  • Rendre les produits en vrac compétitifs en réduisant les prix par des effets de volume

Modalités :

  • Imposer aux producteurs le développement d’une offre de produits en vrac :
    25 % de l’offre en vrac dès 2023
    35 % de l’offre en vrac dès 2025
    50 % de l’offre en vrac dès 2030
  • Imposer aux grandes et moyennes surfaces un pourcentage du linéaire de rayonnage en remplacement des produits emballés en produits en vrac dans :
    Chaque rayon de 25 % sec et liquide en 2023
    Chaque rayon de 35 % sec et liquide en 2025
    Chaque rayon de 50 % sec et liquide en 2030
  • Imposer aux centrales d’achat de proposer une offre de produits en vrac (secs et liquides) à hauteur de :
    25 % en 2023
    35 % en 2025
    50 % en 2030

Une autre proposition concerne : la « Mise en place progressive d’un système de consigne de verre (lavable et réutilisable) jusqu’à une mise en place généralisée en 2025. »


Toutes les propositions en détails ici :
https://propositions.conventioncitoyennepourleclimat.fr/objectif/limiter-le-suremballage-et-lutilisation-du-plastique-a-usage-unique-en-developpant-le-vrac-et-les-consignes-dans-les-lieux-de-distribution/

L’histoire du vrac, c’est l’histoire de la consommation d’antan. Il existait partout avant la révolution industrielle du 19ème siècle.
Même nos grands-parents des campagnes, panier à la main, achetaient au marché ou à l’épicerie du village ce qu’ils ne produisaient eux.
Il n’est donc pas si loin le temps du vrac. Mais ça c’était avant. Avant l’avènement de la consommation de masse et de la concentration du secteur agroalimentaire.

Pourtant dans la baie de San Francisco, le vrac existe depuis des décennies. Il est issu du mouvement hippie et contestataire des années 1970. Rainbow Grocery, en tête de proue, est la coopérative hippie de San Francisco avec du bio, du local et du vrac au cœur du Mission District. L’idée de ces groupes appelés «Food Conspiracies» était alors de proposer une alternative à la nourriture industrielle dans une société qui découvrait la consommation de masse. Ces collectifs contestataires se développent aux États-Unis et au Canada, et ouvrent des épiceries exclusivement dédiées au vrac. Je vous invite à lire l’article très intéressant « Au bonheur du vrac ».

source : foundsf.org

Le retour du vrac

Qu’importe qu’elle ait été un symbole de la contre-culture, qu’elle soit passée des hippies aux hipsters, le vrac perdure, mobilise autour d’une même aspiration, celle d’un retour à une consommation plus simple et saine.

Par ailleurs, la vente en vrac est restée une pratique populaire dans de nombreux pays dits « en cours de développement ». Là où les enseignes de grande distribution sont moins implantées. L’habitude aussi de voir les produits avant l’achat, est culturel.
Par exemple en Chine à Guangzhou, l’enseigne Carrefour propose une partie de ses denrées alimentaires en vrac pour attirer ses clients. Les produits sont également principalement issus de circuits courts et ne nécessitent pas d’emballage.

La première fonction d’un emballage est de protéger et de conserver les aliments. Au temps du silex, la nourriture était conservée dans des feuilles, des coquillages ou encore des peaux de bêtes.

Avec les innovations créées par l’Homme, les emballages composés de matériaux bruts travaillés font leur apparition (comme le bois, le cuir, le liège, l’argile et les fibres végétales) ou de matériaux transformés (comme le verre, le papier ou les métaux). Le premier plastique créé par Alexander Parkes est apparu en 1862.

À partir du début du 20ème, les contenants commencent à être utilisés aussi à des fins marketing. Puis la consommation connaît une envolée. Et face au climat concurrentiel, l’emballage devient un véritable outil de communication et d’argument de vente. Même éphémère et jetable, le packaging devient l’un des principaux facteurs influençant l’achat. Car oui, déconnectés de la terre et de ceux qui fabriquent notre nourriture, nous avons besoin d’information.

crédit : Antoine Repessé / Exposition #365 Unpacked

Aujourd’hui, dans les pays occidentaux, l’achat en vrac fait partie du mouvement « Zéro Déchet », qui défend un mode de vie responsable, une meilleure maîtrise de ses achats, un retour à un mode de vie plus simple et une réduction du gaspillage et des déchets générés par les emballages.

Et il y a des solutions pour conserver de nombreux aliments dans de bonnes conditions, utilisons-les.
Il y a des solutions aussi pour être informés sur les produits achetés en vrac et assurer leur traçabilité. C’est ce que quoi nous travaillons activement 🙂

Alors finalement, le vrac dans l’histoire de la consommation : une évolution logique ? C’est ce qu’annoncent de nombreux sociologues et économistes. Nous passons de l’ère du progrès à l’ère de la résilience.